Lundi 4 juin 2012 1 04 /06 /Juin /2012 08:40

Et voilà : une réflexion sur la République des Livres, et j'ai passé une partie de la nuit à tenter de mettre au clair mes idées sur l'écologie, l'hédonisme et le féminisme. 

 

Ce qui est à peu près aussi évident que de dépêtrer une pelote de laine sur laquelle une dizaine de chatons auraient fait leurs griffes...

 

Et peut-être guère plus intéressant, allez savoir : je semble être une des rares à me pencher sur le sujet. M'enfin, je sais que Michel Onfray prépare un de ses brûlots sur l'écologie (après s'être attaqué à la psychanalyse via un dénigrement systématique de Sigmund Freud, ce qui était un peu réducteur - comme si on remettait en cause la tolérance en brossant le tableau pourtant réel d'un Voltaire insupportable et quiétiste), alors il faudrait peut-être commencer à réfléchir à tout cela sérieusement, pas vrai ? 

 

Enfin, je dis ça je dis rien. Comme d'hab". Mais peut-être, puisque je suis ici chez moi et que je peux donc écrire en toute liberté tout ce qui me passe par la tête, même les trucs les plus scandaleux,vais-je tout de même  tenter de rassembler mes petites idées. 

 

Ca s'appellerait "le Destin de Babette", par référence au film (hédoniste) tiré de la nouvelle de Blixen (féministe)... 

 

Pour l'instant, je me retiens... 

Par clopine - Publié dans : Je dis ça, je dis rien - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 15:47

François Morel est un prince. Sans rire.

 


Par clopine - Publié dans : Vies de Blog à Tête de Chou - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 11:18

Mes visiteurs ont le nez creux : effectivement, l'endroit où nous avons abouti ce jour-là, Clopin et moi, n'est pas précisément celui qu'on choisirait habituellement pour abriter des amoureux, puisqu'il s'agit d'un ancien cimetière, plus précisément un ossuaire du moyen-âge. 

C'est un terrible témoignage de la peste noire, qui ravagea l'Europe dans les années 1350, et eut de funestes conséquences : non seulement on brûla quelques tziganes et juifs qui avaient le simple tort de l'être, ce qui rendait commode de les accuser, non seulement les habitants crurent qu'il s'agissait du début de l'apocalypse biblique, non seulement une crise économique s'ensuivit,  mais encore la terreur qui s'empara des survivants renforça leurs sentiments religieux, étouffa leur esprit d'aventure et leur capacité d'épanouissement : à eux les flagellations, les meurtres rituels donc (car bibi j'appelle ainsi les bûchers réservés aux juifs, aux relapses et aux "égyptiens") et le sentiment  non pas tragique mais morbide de la vie. 

 

L'Aître Saint-Maclou, qui est inscrit aux Monuments Historiques, est le témoignage le plus étonnant de cette sinistre époque. Et paradoxalement, c'est un des plus  paisibles  endroits de Rouen. Une petite entrée obscure, un porche bas, une petite porte à droite : vous pénétrez dans une cour carrée magnifique d'harmonie, où, sur un ou deux étages, sur un soubassement de pierre, l'ancien ossuaire aligne des bâtiments de toute beauté, avec pan de bois sculptés. Le calme qui y règne, et fait penser fugitivement à un couvent, fait oublier à la fois la rue Martainville, le brouhaha du clos Saint Marc et de ses marchés, les voitures qui tournent en rond dans le quartier. La proportion des façades et des élévations est si harmonieuse que la première impression que l'on reçoit, en y pénétrant, est celle d'un calme appelant à la méditation. 

 

La surprise est donc grande quand, regardant de plus près les pans de bois, vous y voyez sculptés tous les attributs de la mort : ici c'est un fossoyeur qui veille sur des os blanchis. Là, un cercueil avoisine une omoplate... Sur chaque colonne des bâtiments ouest et est, c'est une guirlande macabre qui accueille les visiteurs : tous les personnages de l'époque, hommes, femmes, riches ou pauvres, sont entraînés dans une danse à deux temps, dont le partenaire n'est autre qu'un squelette... 

 

Nous nous sommes pourtant assis là, sous l'ombre des marronniers (ou sont-ce des tilleuls ? Ah, il faudra que j'y retourne, pour vérifier !), et avons longuement parlé. Clopin connaissait l'endroit, bien sûr, mais je voulais lui raconter la signification particulière qu'il revêtait pour moi. J'ai en effet, à un certain moment de ma folle jeunesse, rempli mon frigidaire grâce à l'argent gagné en posant comme modèle à l'Ecole des Beaux-Arts de Rouen - qui se situe précisément à l'Aître Saint Maclou. Cette cour gravillonnée, ces bâtiments qui avaient vu la grande peur de la peste noire, avait donc recueilli également mes tout petits tremblements à moi. Les cris désespérés des pestiférés, dont on pouvait regarder l'écho figé sur toutes les poutres, s'étaient depuis longtemps tus. Mais mes petits chuchotements de trouille (car se mettre nue devant un public, fut-il aussi respectueux et studieux que les sages étudiants  en art de Rouen, est tout sauf facile) avaient eux aussi résonné dans ce si bel endroit...

 

L'aître Saint Maclou n'était donc pas si mal choisi, s'il s'agissait de nous mieux connaître, Clopin et moi, et surtout d'entamer cette conversation qui, ma foi, m'a tout l'air ne pas être encore terminée entre nous... Je vous épargnerai le souvenir de nos propos, car les conversations amoureuses sont insipides, sauf pour leurs auteurs, bien sûr. Qu'il vous suffise de savoir que Clopin, devant les macabres sculptures, me demanda tout-à-coup "si j'avais envie de mourir ?", et que, le regardant, je n'ai pu m'empêcher de rire et de répliquer "alors là, il n'en est pas question"... Et c'était sans doute la meilleure réponse à faire devant les témoignages des pauvres dépouilles qui avaient été apportées, il y a si longtemps, à l'aïtre Saint Maclou. Car la vie est bien courte, mais elle peut être si jolie, ma foi...

 

Pour finir, je voudrais juste ajouter que l'aître Saint Maclou est pour moi  un lieu de passage, une sorte de frontière invisible, rouennaise et à usage interne . Non seulement parce que c'était là que la vie reculait devant la mort, mais parce que, de nos jours, c'est une sorte de limite entre le Rouen encore vivant, populaire, besogneux et quotidien, et le Rouen des visiteurs, des bâtiments historiques et des commerces de luxe. Le centre ville de Rouen, en effet, et surtout son coeur piétonnier, est certes parfaitement restauré... Mais il a été vidé de sa substantifique moelle. Les magasins qui s'y alignent sont tous du même modèle : les restaurants avoisinent les innombrables marchands de fringue, les quelques boulangeries qui tiennent le coup n'en sont plus vraiment : ce sont des fromenteries qui servent surtout de mauvais sandwiches aux touristes, et les petites boutiques des ruelles piétonnes vendent toutes sortes de marchandises qui sont surtout des "cadeaux", du type que l'on offre à Noël : jouets en bois, coutelleries, chappelleries certes, mais rien de quotidien. Je défie un rouennais, même avisé, de trouver dans le coeur de ce Rouen-là l'épicerie ou la supérette qui lui vendra un paquet de lessive, la boucherie-charcuterie qui lui proposera du museau-vinaigrette ou un marchand de légumes présentant des pommes de terre. Pour trouver ces humbles produits, il devra remonter jusqu'à la place Saint Marc et la rue Armand Carrel... 

 

Il reste qu'imaginons que vous soyez à la recherche, en plein centre de  Rouen, d'un endroit à la fois paisible et peu fréquenté (sauf certains jours, l'été, mais là c'est comme partout), où vous pourriez entamer une longue conversation avec quelqu'un... Alors, je vous en prie, entrez dans la cour de l'Aître Saint Maclou. Je crois même que j'y ai laissé, pour toujours, comme un petit bout de moi, qui doit traîner encore par là. Un petit bout d'ombre : il y en a tant, dans cet endroit, que mon propre lambeau a bien le droit de s'y ajouter, non ? 

 

 

800px-Erba_Rouen_jnl_1.jpg

Par clopine - Publié dans : Vies de Blog à Tête de Chou - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés